PARADE TROPICALE – galerie Bohaï – Hanovre

 

 

[…]Le public cherchera parfois des indices précis à propos de différentes cultures, de leur propre quotidien et de leurs expressions visuelles. Le déchiffrage d’objets matériels, qui dans des portraits conventionnels réfèrent souvent à une activité spéciale ou aux affaires personnelles d’individus, reste spéculatif. Qu’est-ce que les perruques colorées, les verres en plastique, ou encore les sabres miniatures en plastique doré suggèrent ? #alterity

Debout devant les photos, il est difficile de décider si cela est un style de mode courageux ou plutôt un costume traditionnel ou encore un déguisement? Qui sont les auteurs de ces photos et qui sont les personnes représentées? Basé sur ce qui a été vu, les avis et les pensées se brouillent et se mêlent pour créer une construction d’identités : des demi-nus frivoles portant leurs outils traditionnels posent au milieu d’une flore transformée par l’âge moderne. Le corps humain décoré d’accessoires industriels perd de son naturel à travers une artificialité auto-déterminée. Des attitudes lascives, la sensualité des peaux nues et les regards séducteurs provoquent gentiment les spectateurs tout en réfrénant une approche plus intime. #foreign

Si les spectateurs s’attardent un peu sur la réalité des créatures déguisées qui sont représentées, ils pourraient ressentir qu’ils sont face à quelque chose de différent par rapport à ce qui existait autrefois. Un language personnel et visuel commence alors à en émerger.#postcolonialstudies

extrait du texte rédigé par Julia Latzel et Arne Fischer à propos de la série «Parade Tropicale» exposée à la galerie Bohaï en 2018, traduit de l’anglais par Sarah Zémiro 

QUINCEANEROS – résidence à Oaxaca

Quinceañeros

À la fin de l’année 2018, nous sommes partis en résidence artistique au Mexique dans la région de Oaxaca dans le cadre des Rencontres Photographiques de Guyane. Nous savions déjà que nous souhaitions travailler avec des adolescents autour du concept du déguisement, thèmes de prédilections de nos photographies en général. Une fois sur place, nous avons passé plusieurs semaines à explorer la région, à nous documenter sur les spécificités culturelles et à nous imprégner de son atmosphère ni tout à fait familière, ni tout à fait étrangère.

Les photographies de cette série sont plus mesurées que celles que nous avons l’habitude de réaliser, en effet, nous trouvant dans un lieu dont nous ne maîtrisions pas bien les codes, il était plus glissant de tenter de les détourner comme nous aimons le faire en Guyane ou en métropole.

« Quinceañeros », masculin de quinceañeras terme désignant les jeunes filles de 15 ans qui fêtent grandement le passage de l’enfance vers l’âge adulte, est une série d’images qui parle de jeunes hommes en construction, de ce moment charnière de la vie au cours duquel on se cherche, testant les identités un peu comme on se déguise, avant de finir par trouver et accepter la sienne.

Une importante part de l’économie de l’état de Oaxaca est basée sur la fête. En effet, outre les baptêmes, anniversaires, fête des quinze ans et autres événements privés, il y a toujours un grand homme, une vieille bataille, un saint ou encore les morts à célébrer. Ces fêtes sont l’occasion de se parer, de re-vêtir le costume de l’Autre.

Il est fréquent de croiser en ville des Quinceaneras, vêtues de grande robes de princesse entourées de leur prétendants en pleine séance photo dans les rues. En célébrant ainsi leurs quinze ans, ces jeunes filles marquent officiellement leur passage de l’enfance vers l’âge adulte.

Il n’existe pas de cérémonie de ce type pour les garçons, nous avons donc interrogé ceux que nous avons rencontrés et qui ont bien voulu se prêter à nos portraits. Y a t’il des rituels qui leur sont propres, des actes précis qui ont fait qu’ils se sentent ou se sentiront adultes ?

Nous avons essentiellement travaillé avec des garçons, pourtant la féminité est loin d’être absente de ces portraits de jeunes hommes, à peine sortis de l’enfance parfois et dont certains aspirent même à devenir femmes.

Chaque portrait a été élaboré avec des éléments racontant ce que la personne avait bien voulu nous livrer d’elle-même mais aussi rappellant les circonstances de notre rencontre.

Ces jeunes gens qui ont posé pour nous ont en commun une énergie créatrice puissante et assez pluridisciplinaire puisque tous sont capables de jouer d’un instrument, de danser, de créer, confectionner, masque et costume. Tous ont également à coeur de faire perdurer leurs traditions et rejettent tout ce qui est « gringo » « américain » (tout en buvant du coca cola avec excès et arborant fièrement des marques de ce pays voisin du leur).

Nos images représentent un moment magico-merveilleux solennel, un rituel de passage oscillant entre réalité et fantasme. Nous avons choisi de les photographier en fin de journée, peu de temps avant que le jour ne laisse place à la nuit. Le ou les personnages sont vêtus d’éléments de costumes traditionnels, de déguisement et autres vêtements plus quotidiens. Ils posent dans des lieux où ils aiment se réfugier, où ils sont hors de portée de l’autorité parentale. Au contraire, nous avons proposé à certains de poser avec l’un de leurs parents, souvent ceux qui étaient venus à notre rencontre en compagnie de ce dernier. Nous avons évoqué ainsi le changement de nature de la relation.